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Sandrine Scardigli, la face non cachée

Sandrine Scardigli, la face non cachée

Métiers du livre : édition, écriture, librairie, formation

Instantané d'Athènes, 5 : les parents

Instantanés d'Athènes en crise, 4 : famille B., Maroussi, jeudi matin

Membres 2 et 3 : M. la maman, activité indépendante d'artisanat ; P. le papa, employé dans un entrepôt
Tandis que P. emmène sa fille au métro, nous restons avec M. Nous discutons un peu de K.,  de son sens de la mesure (au sens philosophique du terme), et de sa curiosité. M. revient sur l'année scolaire précédente, sur les sacrifices auxquels tous ont consenti pour permettre à K. de suivre des cours particuliers afin de préparer les Panhellinies, et de leur joie lorsque K. a obtenu une place dans l'université qu'elle souhaitait.
« C'est une belle leçon pour elle : elle s'est donné beaucoup de mal, et nous avons tous fait des sacrifices, mais cela lui a montré que l'effort paie. Elle aurait été vraiment découragée d'échouer malgré ses efforts... mais ça n'aurait pas été bon non plus qu'elle réussisse sans rien faire. »
Je demande à M. si sa vie quotidienne a été bouleversée par la crise, et dans quelle mesure.
20131010_Famille-5-M.JPG« Bien sûr qu'il y a eu des conséquences sur nous ! Sur notre travail, par exemple. (…) Avec mon activité, là où je réussissais à avoir un salaire suffisant – pas exceptionnel, mais suffisant – je peine à gagner 200€ par mois. »
Elle exerce depuis 2002 une activité indépendante, en vendant de petits objets de décoration à différents magasins d'Athènes. Hélas, depuis le début de l'année, la plupart de ses clients ont fermé boutique, réduisant ainsi son chiffre d'affaire comme peau de chagrin.
Elle évoque les dépenses élémentaires qu'on ne peut diminuer, et pour lesquelles il est nécessaire de trouver un expédient, comme les vêtements des enfants : comment habiller un jeune garçon pour la rentrée, lorsqu'il a grandi depuis la rentrée dernière et que l'on doit compter le moindre euro ?
Les enfants nécessitent également des soins médicaux : M. m'informe que les caisses de santé ont toutes fusionné entre 2010 et 2012. Désormais, les médecins ont un quota mensuel de consultations au-delà duquel les consultations ne sont plus remboursées. Il vaut donc mieux être malade en tout début de mois...
A cela, il convient d'ajouter la hausse du prix des articles de première nécessité, comme le lait.
« Nous n'avons jamais pris de crédit, nous avons même payé notre appartement comptant à l'époque. Nous avons toujours été raisonnables, nos sorties sont plus que rares, nous avons toujours fait très attention... Et maintenant, nous payons nous aussi, tout autant que ceux qui ont dépensé sans mesure pendant des années. »

20131010 Famille-5-PLe papa est revenu et nous rejoint dans le salon. Il s'installe près du balcon, porte ouverte, afin de fumer.
« Des roulées. Ça, c'est un exemple de changement dans ma vie : je ne fume plus que des roulées. En plus, elles sont plutôt fines... »
En 2012, P. travaillait pour un éditeur de magazines. Entre avril et juin 2012, son salaire a été diminué, puis gelé. En novembre 2012, lorsque l'entreprise a fermé, il a appris son licenciement par email, sans indemnités ni paiement des arriérés.
Il m'explique qu'au cours de 2012, les banques ont augmenté les remboursements réclamés au point de réclamer une part du capital des entreprises endettées.
Il est désormais employé dans un entrepôt.
« L'ambiance n'est pas très bonne. La plupart de mes collègues sont attirés par l'Aube dorée, on n'a pas grand-chose à se dire. »
Selon lui, les erreurs qui ont été commises en Grèce sont multiples : non seulement les deux grands partis qui se sont partagé le pouvoir depuis 1981 ont multiplié les embauches dans le secteur public,  et ont permis les départs en retraite anticipés, accélérant ainsi la faillite des caisses de retraite ; mais également de nombreux indépendants ont profité du système fiscal qui leur permettait alors de n'être pas imposables en-dessous de 12000€ de chiffre d'affaire.
P. mentionne lui aussi la concentration des médias aux mains de cinq familles ; l'une d'elles a pour activité le négoce du pétrole.
Nous parlons de nouveau de K., de ses études, de ses sorties.
« Quels sont leurs loisirs ? Elles se retrouvent à trois amies, elles vont au centre-ville et là, elles discutent en partageant une bière à trois. Parce qu'elles ne peuvent pas dépenser un euro de plus. »
Et ils concluent :
« Nous ne pouvons pas nous montrer pessimistes devant nos enfants. Nous ne pouvons pas baisser les bras. Ce sont eux qui portent notre espoir. »

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