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Sandrine Scardigli, la face non cachée

Métiers du livre : édition, librairie, écriture

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Commémoration du 8 mai 1945

Les pires moments de l'Histoire se répètent lorsque notre mémoire les occulte.
Aujourd'hui se déroulent des commémorations rappelant qu'il y a 73 ans se terminait la Seconde Guerre mondiale. Et cette capitulation se célèbre à une date différente selon de quel côté de l'ancien Rideau de Fer on se trouve.


En ce jour où les plus anciens se remémorent sans doute ce qu'était leur vie, leurs peurs, leurs espoirs, leurs cauchemars en ce 8 mai 1945, je participe à ma façon à cette commémoration en copiant ici un texte trouvé dans les archives de Fernande Requin, ma grand-tante résistante.

J'ignore qui l'a écrit, peut-être elle, peut-être un de ses filleuls de guerre.

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"Dernier jour de guerre

— Tu sais, il paraît que c’est fini…

— Quoi donc ?

— Bien, la guerre.

— Penses-tu, on nous a déjà dit ça avant-hier, et hier aussi, et il a quand même fallu continuer le baroud.

— Donne-moi une cigarette, je n’en ai plus, on n’a pas touché la ration cette semaine.

— Mais je crois que c’est fini, on n’entend plus aucun coup de feu.

C’est comme cela que les hommes du front ont appris la fin de la guerre, par ouï-dire, il paraît que…

Eux les besogneux de la guerre, personne n’est venu les prévenir, pas un chef ne les a rassemblés, pas une éloge, on ne leur a pas dit merci, ni bravo.

J’ai lancé à un groupe, au passage :

— Amusez-vous bien les gars pour fêter la victoire.

Réponse :

— On a un litre de pinard, nous sommes onze, on va essayer.

Il paraît qu’à Paris et ailleurs, il y a eu des discours, de l’émotion, de l’enthousiasme, de la joie. Là-haut, c’était plutôt triste.

Et quand ils reviendront les 100 000 combattants de la France, les lampions seront éteints, les flonflons de la musique oubliés.

Les troufions, tous les troufions de la bagarre savent cela.

Ils n’ont pas d’illusions. Des années d’aventures et de coups durs, les ont appris à bien voir. Aujourd’hui, ils ne sont pas de la fête et demain, au retour, ils seront l’objet de vexations, de rebuffades. Le douanier de la frontière franco-boche fouillera leur paquetage comme s’ils revenaient d’une partie de tourisme. L’ancien patron sera peut-être obligé de leur dire « pas de travail ». L’épicier leur proposera : marché noir. Le gouvernement exigera : impôts.

Ce soir, ce magnifique soir de la Victoire, est un bien triste soir.

On pense à sa fiancée qui peut-être se donne en ce moment. On pense aussi dans le secret du silence aux camarades qui ne sont plus là. Non pas à la masse anonyme de disparus, mais à ses propres copains, à BARLA et KRONALOU, qui sont morts si chiquement en chantant. On pense à ces tombes abandonnées un peu partout et sur lesquelles déjà les fleurs pourrissent. Ces fleurs du sang. Ces fleurs du sacrifice.

Et personne n’aura jamais la confidence de cette amertume d’un soir de mai, passé en Allemagne.

On se tait, on se taira toujours sur ces peines de cœur comme sur les histoires du baroud.

Et quelqu’un dira un jour « La croix de guerre ? On ne sait même pas où il l’a gagnée. »

CE QUE PENSAIENT TOUS LES HOMMES DE LA PREMIÈRE ARMÉE FRANÇAISE LE SOIR DE L’ARMISTICE."

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A
"CE QUE PENSAIENT TOUS LES HOMMES DE LA PREMIÈRE ARMÉE FRANÇAISE LE SOIR DE L’ARMISTICE." Cette phrase conjuguée au passé laisse supposer que ce fut écrit pas mal de temps plus tard. Par qui , ça je n'en sais rien. Je ne l'avais jamais vu.
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