Métiers du livre : édition, librairie, écriture
19 Septembre 2013
C’est dans l’objectif de vous épargner la mésaventure que j’ai vécue ce matin que je me permets de partager avec vous ce petit récit… et les conclusions que j’en ai tirées.
(Remarque : « tiré » ici s’accorde, voir vos règles grammaticales concernant l’accord du participe passé derrière « avoir » précédé de « en ».)
Contexte
Il y a quelques jours, une invitation m’est arrivée pour une réunion d’information sur un réseau de portage salarial. Étant nouvelle dans la région, ne connaissant ni les réseaux existants ni…
personne dans un cadre professionnel, cette invitation est donc une aubaine.
Ce matin, me voici donc à l’heure, costume, talons hauts, léger maquillage, sac avec feuilles et stylos et CV et email d’invitation (sait-on jamais). L’animatrice est bien sûr là, ainsi que
quelques autres participants. Peu à peu, la salle se remplit, et je me rends compte que mes critères vestimentaires sont un peu… « over dressed », « trop » en somme. Ça démarre bien, mais je ne
vais pas me laisser impressionner par si peu, et je continue les politesses avec mes voisins de table.
La réunion débute évidemment par le tour de table. L’animatrice commence par se présenter, ou plus exactement par raconter son parcours professionnel : un profil international, avec des
compétences variées, des expériences diverses dont de la création d’entreprise et de la fonction publique, j’étais sous le charme.
À la fin de sa présentation, elle me passe la parole. Et c’est là que tout dérape.
Ce que j’ai dit
« Bonjour. (…) J’ai une formation littéraire. Après ça, j’ai travaillé huit ans pour la grande distribution comme chef de projet, sur de la formation et de la gestion du changement. J’ai aussi
travaillé BLA BLA BLA. Et puis en 2008, j’ai pu BLABLABLA… Et là, en 2009, j’ai… BLABLABLA. Et puis cet été, je suis arrivée… BLABLABLA. »
Sur la table, de l’eau, pas de café. Je suppose que ça a dû être fatal aux autres participants. C’est ainsi que tous ceux qui passent après moi se contentent de nommer leur dernier poste et de
dire quel était leur projet à court terme, quand ils en ont un précis.
L’un d’eux a même démarré par (bam, dans ma face ?!) « Je ne vais pas vous détailler mon parcours, ce serait ennuyeux et nous ne sommes pas ici pour ça ».
Et il avait raison.
Ce qui s’est passé dans ma tête
« Oh, chouette ! Elle a raconté en détail, ça veut dire que nous pouvons nous aussi ! Qu’elle s’intéresse à ce que chacun a fait, qu’elle n’a pas peur des profils « atypiques » ou des parcours
avec des virages à 180° ! Et puis, si moi qui commence je me lance comme elle, les autres suivront et je pourrai découvrir leur histoire ! »
Ah. Là, nous touchons à un défaut handicapant dans le contexte : j’aime écouter les histoires. Et écouter le parcours professionnel d’inconnus revient à écouter autant d’histoires. Autre défaut :
penser que les autres fonctionnent comme moi. À savoir, se dire « si elle parle, c’est qu’elle veut écouter en retour ».
Ce qui a dû se passer dans la tête des autres en m'écoutant BLABLAter
« Encore une qui cherche à s’accaparer le temps et l’attention… »
« Incapable de synthétiser quoi que ce soit ! »
« Non mais faites-la taire, qu’on en finisse avec ce tour de table et qu’on passe au sujet de la réunion ! »
« Elle se prend pour qui, celle-là, avec ses histoires ? En plus, vu son âge, ça ne m’étonnerait pas qu’elle affabule ! »
Ce que j’en conclus
Dans mon enthousiasme, j’ai complètement oublié l’objectif, le public, le temps imparti.
L’objectif n’était pas de dérouler son CV, mais de présenter de façon synthétique nos domaines de compétence et nos objectifs à court terme, en quelques secondes. Il ne s’agissait pas non plus de « suivre l’animatrice », mais bien de rester à notre place de « potentiels consultants ». Et là, j’ai bien peur d’avoir fait tout faux… A vrai dire, je me suis sentie bien ridicule. J’espère au moins que les autres en riront lorsqu’ils le raconteront !
Mais pour la prochaine fois, je ferai mieux. Et c’est bien là, l’important, lorsqu’on vit un échec : savoir comment ne pas le revivre, quoi en retirer et dans la mesure du possible partager ce
que l'on a appris.