Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Sandrine Scardigli, la face non cachée

Métiers du livre : édition, librairie, écriture

Publicité

L'Athènes de Petros Markaris

Quiconque souhaitant découvrir la littérature grecque contemporaine a bien du mal à trouver des titres traduits en français ; notre tradition de formation classique fait qu’on traduit davantage l’Odyssée que les derniers romans parus en Grèce. Loin de moi l’idée de dénigrer l’Odyssée ! Mais cette splendide œuvre en vers ne permet pas de comprendre complètement la Grèce contemporaine. Parmi les éditeurs qui osent, on peut citer les éditions Cambourakis (traductions de textes du xxe siècle), ainsi que les éditions de la librairie spécialisée Desmos, Stock, Actes Sud, La Contre-Allée, et Le Seuil avec les polars de Petros Markaris repris en poche par Points. 

Publicité
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)
Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)

Titres parus en français aux éditions Le Seuil et Points (distribution Interforum)

Parmi ces traductions, on peut noter le succès en France de Petros Markaris dans le rayon Polar. Comme toute bonne série, il faut un héros : c’est le commissaire Kostas Charitos, marié à la vaillante Adriani, et père de la formidable avocate Katerina. On mène l’enquête avec Kostas, pas un Sherlock Holmes mais un fameux lecteur de l’âme humaine et fin connaisseur des rouages et travers de la société (et de l’administration !) grecque contemporaine. Le pacte avec le lecteur de polar est respecté : meurtres, indices, interrogatoires, résolution.
Toutefois, il me semble que l’attrait principal de cette série tient davantage au talent de Markaris pour décrypter ses contemporains. Les premiers titres ont été écrits au cours de la décennie dorée des années 90 ; le dernier est paru en 2016 en grec (non encore traduit). Avec les sept tomes parus chez Points, si on prend le temps de lire attentivement, on balaie donc l’histoire récente d’Athènes et de ses habitants. Dans ses premières enquêtes, Kostas roule en voiture, Adriani prépare à manger pour douze lorsqu’ils sont deux et leur fille est étudiante, alors que la Grèce croule sous les subventions européennes et que les banques sollicitent les Grecs jusqu’au harcèlement pour accepter des crédits. Dans le dernier titre, la crise s’est installée (bel oxymore économique !), Kostas galère dans les transports en commun et sa fille qui défend des immigrés a maille à partir avec Aube dorée. 
Il y a également un côté pédagogique : chaque enquête est le prétexte à décrypter le fonctionnement de la corruption et des malversations, et à illustrer les travers de la bureaucratie comme de l’Union européenne. L’auteur s’est même amusé en 2012 à imaginer les conséquences de la sortie de l’euro dans son Pain, éducation, liberté, qui se déroule en 2014 avec le retour à la drachme (on flirte donc avec une branche de la science-fiction : la « fiction spéculative » !)… 
Tous les grands moments de l’après-Seconde Guerre mondiale sont illustrés au cours de ces enquêtes mêlant situation économique contemporaine et personnages marqués par la guerre civile, la junte militaire ou l’émigration. Mon cœur va bien sûr au superbe personnage de Lambros Zissis, un communiste survivant de la torture pendant la Junte militaire, contrepoint nécessaire au flic qu’est Kostas avec son regard un peu détaché et lucide, mais malgré tout porteur d’espoir. Et de pas mal d’humour et d’humanité.

Extrait
« — Ils te frappaient comme ça, oncle Lambros ? demande Katérina.
— Comme j’ai passé la moitié de ma vie à prendre des coups, voilà ce que je peux te dire : continue de faire ce en quoi tu crois et dis-leur “non, bande de connards, vous n’y arriverez pas”. Mais il y a une chose à éviter.
— Laquelle ?
— Ne laisse pas la haine te dominer. La conviction d’accomplir ce qui est juste t’aidera. La haine, elle, te détourne du droit chemin. »

(Épilogue meurtrier, p. 23, éditions Points, traduction de Michel Volkovitch)
Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Notez, du côté des éditeurs francophones intéressés par la Grèce, la collection grecque des éditions en ligne publie.net (certains titres sont disponibles sur papier) et celle de Quidam : rien que du très bon ! Essayez par exemple les deux livres traduits le Chrìstos Ikonòmou, et vous m'en direz des nouvelles.<br /> Michel Volkovitch<br /> traducteur de Màrkaris (entre autres)
Répondre
S
Merci de ces conseils ! Et merci également pour être passé par ici :). J'attends avec impatience la traduction de la nouvelle enquête de Kostas Charitos ;)